La Bibliothèque du prof de l'être: Le dernier des Mohicans

Publié le par Le prof de l'être

_ Pourquoi tu vas lire le livre alors que tu viens de voir le film ?

A cette question (pertinente) de ma conjointe, j'avais envie de répondre :

_ C'est évident ! Puisque j'adore le film, le livre doit être magnifique ! Tu imagines, 600 pages de bonheur !

Mon enthousiasme était sincère. L'adaptation du Dernier des Mohicans, signée Michael Mann est un chef d'oeuvre. S'il fallait le résumer, je dirais : deux heures intenses, brillamment mises en scène et portées par une musique épique.

C'est donc plein d'entrain que je commençais à lire les aventures de Chingachook, Uncas et Oeil de Faucon, plongés dans les tourments de la guerre franco-anglaise sur le continent américain au XVIIIe siècle et contraints de sauver les filles d'un major britannique.

Au bout de 200 pages, intrigué, j'ai été sur internet et vérifié les différences entre le film de Mann et le livre de James Fenimore Cooper. J'ai compris que le réalisateur avait radicalement modifié l'histoire et les personnages. Et une fois n'est pas coutume, c'est en faveur du film.

Oubliez les intrigues amoureuses et les combats épiques. Dans le roman de Fenimore Cooper, l'intrigue s'étire et se répète « Il faut sauver les filles de Munro menacées par les Hurons ». C'est tout et c'est peu. Il y a certes l'histoire d'amour entre Heyward et Alice, mais elle n'est jamais un enjeu dans le roman. Les combats contre les Hurons durent des chapitres et des chapitres, si bien que l'intensité se dilue au fil des pages. L'histoire souffre aussi de nombreuses incohérences, Oeil de Faucon qui se camoufle en ours, Heyward qui confond un village indien avec des constructions de castors...C'est trop gros.

Les personnages, quant à eux, ne sont pas attachants. Oeil de Faucon est particulèrement pénible en se posant en moralisateur à tout bout de champ, se moquant de David La Gamme, qui est certes un personnage peu utile dans le roman mais sa critique gratuite est agaçante. Les portraits de Cora et d'Alice sont trop fugaces pour s'y intéresser et Chingachook est survolé. La vengeance de Magua paraît bien surdimensionnée en comparaison à l'affront reçu. Seul Uncas est digne d'intérêt dans ce récit, véritable figure héroïque et symbole d'humilité.

Pourquoi l'ai-je fini alors ? En partie pour l'atmosphère qui se dégage du livre. La peinture de l'Amérique y est superbe, un véritable éloge à la Nature. On voyage dans les grandes forêts du Nord, on a l'impression de contempler les grands lacs et les rivières à perte de vue. Il y a aussi un sentiment de nostalgie prégnant : l'arrivée des européens a mis fin à un monde, celui des indiens et des valeurs qu'ils défendent. Uncas et Chingachook symbolisent cette disparition. Le vieil indien est le dernier de sa tribu, il porte le souvenir d'un peuple et d'une mémoire qui s'éteindront avec lui.

Le dernier des Mohicans est une œuvre en demi teinte : datée dans le rythme de la narration et le portrait des personnages, elle n'en demeure pas moins une œuvre intéressante pour sa description de l'Amérique sauvage et des coutumes indiennes.

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