On se tape la fiche : la focalisation

Publié le par Le prof de l'être

                                                            La focalisation

 

 

Qu'est-ce que c'est ? 

Dans un roman, il y a un narrateur. Il peut être extérieur ou intérieur à l'histoire et nous la raconter sous différents points de vue (le sien, celui du personnage...), on appelle cela la focalisation (référence à la focale de l'appareil photo). Il y en a 3 différentes: omnisciente, interne, externe.

 

Rappel: Attention, on ne confond pas auteur, narrateur et personnage ! L'auteur n'est pas celui qui raconte l'histoire (même s'il utilise de la première personne) et le narrateur n'est pas forcément un personnage du roman. Quand vous regardez un film, vous savez que la voix off n'est pas celle du réalisateur, et bien c'est exactement la même chose en littérature. Il n'y a qu'un seul genre où auteur/narrateur/personnage se confondent: l'autobiographie.

 

 

L'auteur écrit le livre, le narrateur raconte l'histoire, le personnage vit l'histoire.

L'auteur écrit le livre, le narrateur raconte l'histoire, le personnage vit l'histoire.

Le point de vue omniscient. (omni = tout/ scient = savoir)

Le narrateur en sait plus que ses personnages. C'est un DIEU !!! Extérieur à l'histoire, il sait tout sur les personnages (histoires personnelles, pensées, passé et le futur parfois, un Dieu je vous dis). Imaginez-vous dans un jeu de gestion comme Sim City. Vous avez une vue de dessus et vous voyez ce que pensent vos personnages, ce qu'ils ressentent, à l'aide de petites bulles au-dessus de leur tête. Vous vivez l'expérience du point de vue omniscient.

 

L'astuce en plus: Vous lisez du Balzac et vous cherchez quel est le point de vue ? Il y a une forte chance qu'il soit omniscient. 

Moi quand le narrateur sait tout sur tout.

Moi quand le narrateur sait tout sur tout.

Exemple: Le père Goriot, Balzac

Au-dessus de ce troisième étage étaient un grenier à étendre le linge et deux mansardes où couchaient un garçon de peine, nommé Christophe, et la grosse Sylvie, la cuisinière. Outre les sept pensionnaires internes, madame Vauquer avait, bon an, mal an, huit étudiants en Droit ou en Médecine, et deux ou trois habitués qui demeuraient dans le quartier, abonnés tous pour le dîner seulement. La salle contenait à dîner dix-huit personnes et pouvait en admettre une vingtaine; mais le matin, il ne s'y trouvait que sept locataires dont la réunion offrait pendant le déjeuner l'aspect d'un repas de famille. Chacun descendait en pantoufles, se permettait des observations confidentielles sur la mise ou sur l'air des externes, et sur les événements de la soirée précédente, en s'exprimant avec la confiance de l'intimité. Ces sept pensionnaires étaient les enfants gâtés de madame Vauquer, qui leur mesurait avec une précision d'astronome les soins et les égards, d'après le chiffre de leurs pensions. Une même considération affectait ces êtres rassemblés par le hasard. Les deux locataires du second ne payaient que soixante-douze francs par mois. Ce bon marché, qui ne se rencontre que dans le faubourg Saint-Marcel, entre la Bourbe et la Salpêtrière, et auquel madame Couture faisait seule exception, annonce que ces pensionnaires devaient être sous le poids de malheurs plus ou moins apparents. Aussi le spectacle désolant que présentait l'intérieur de cette maison se répétait-il dans le costume de ses habitués, également délabrés. Les hommes portaient des redingotes dont la couleur était devenue problématique, des chaussures comme il s'en jette au coin des bornes dans les quartiers élégants, du linge élimé, des vêtements qui n'avaient plus que l'âme. Les femmes avaient des robes passées reteintes, déteintes, de vieilles dentelles raccommodées, des gants glacés par l'usage, des collerettes toujours rousses et des fichus éraillés. Si tels étaient les habits, presque tous montraient des corps solidement charpentés, des constitutions qui avaient résisté aux tempêtes de la vie, des faces froides, dures, effacées comme celles des écus démonétisés. Les bouches flétries étaient armées de dents avides. Ces pensionnaires faisaient pressentir des drames accomplis ou en action; non pas de ces drames joués à la lueur des rampes, entre des toiles peintes mais des drames vivants et muets, des drames glacés qui remuaient chaudement le coeur, des drames continus.

Une focalisation omnisciente: le début de 500 jours ensemble (ça fera travailler votre anglais)

Le point de vue interne

Le narrateur en sait autant que ses personnages, il ne connait rien de plus qu'eux et découvre les choses en même temps. Pour vous donner un exemple de ce à quoi ressemble le point de vue interne, imaginez-vous jouer à un FPS (First Person Shooter) comme Call of Duty/Battlefied. Vous êtes dans les yeux du personnage que vous interprétez et vous ne voyez que ce qu'il voit. C'est identique en littérature.

 

L'astuce en plus: S'il y a des verbes de perception (apercevoir, voir, entendre, sentir...), il y a de fortes chances que l'on soit dans un point de vue interne.

Focalisation inteeeeeeeeerne !!!!!

Focalisation inteeeeeeeeerne !!!!!

Un film uniquement tourné en point de vue interne: Hardcore Henry

Exemple: La Chartreuse de Parme, Stendhal

Tout à coup on partit au grand galop. Quelques instants après, Fabrice vit, à vingt pas en avant, une terre labourée qui était remuée d’une façon singulière. Le fond des sillons était plein d’eau, et la terre fort humide qui formait la crête de ces sillons, volait en petits fragments noirs lancés à trois ou quatre pieds de haut. Fabrice remarqua en passant cet effet singulier ; puis sa pensée se remit à songer à la gloire du maréchal. Il entendit un cri sec auprès de lui : c’étaient deux hussards qui tombaient atteints par des boulets ; et, lorsqu’il les regarda, ils étaient déjà à vingt pas de l’escorte. Ce qui lui sembla horrible, ce fut un cheval tout sanglant qui se débattait sur la terre labourée, en engageant ses pieds dans ses propres entrailles il voulait suivre les autres : le sang coulait dans la boue.

Le point de vue externe

Le narrateur en sait moins que les personnages. Le narrateur est complètement détaché de l'action (en mode OSEF). On ne connait rien sur les personnages en présence. Cette technique est utilisée dans les romans policiers, d'aventures, d'horreur, je vous laisse deviner pourquoi. Le SUSPENSE ! Dans les films d'horreur, il n'est pas rare que le personnage voit son meurtrier sans que le spectateur puisse le découvrir au même moment. Vous voilà à la place du narrateur qui a un point de vue externe.

 

L'astuce en plus: Le personnage n'est pas nommé ? On utilise des modalisateurs comme "peut-être", "sans doute" ? Le narrateur utilise la forme interrogative ? Vous êtes peut-être en face d'une focalisation externe.

Exemple: Madame Bovary, Flaubert

Resté dans l'angle, derrière la porte, si bien qu'on l'apercevait à peine, le nouveau était un gars de la campagne, d'une quinzaine d'années environ, et plus haut de taille qu'aucun de nous tous. Il avait les cheveux coupés droit sur le front, comme un chantre de village, l'air raisonnable et fort embarrassé. Quoiqu'il ne fût pas large des épaules, son habit-veste de drap vert à boutons noirs devait le gêner aux entournures et laissait voir, par la fente des parements, des poignets rouges habitués à être nus. Ses jambes, en bas bleus, sortaient d'un pantalon jaunâtre très tiré par les bretelles. Il était chaussé de souliers forts, mal cirés, garnis de clous. 

 

Psychose: un exemple de focalisation externe.

J'espère que vous êtes tous comme ça maintenant !

J'espère que vous êtes tous comme ça maintenant !

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