Aujourd'hui, j'ai fait de l'aide personnalisée

Publié le par Le prof de l'être

Comme tous les vendredis depuis le début de l'année, j'ai organisé mon aide personnalisée. En vue d'un contrôle sur les temps du passé, j'ai pris un groupe restreint d'une dizaine d'élèves, les autres viendront tout à l'heure pour de « l'approfondissement ». Direction la salle informatique pour que chacun ait des exercices personnalisés en fonction de leur niveau. Parmi eux, ma petite sixième qui n'arrive pas à lire correctement. Pour elle, on ne travaillera pas sur les temps du passé. Il faut que je vérifie quelque chose avant car j'ai un doute affreux. Je lui propose alors des exercices sur la conjugaison du présent de l'indicatif. Je me balade quelques minutes entre les autres élèves, leur explique une énième fois que « il metta » ou « il faisa » n'est pas possible puis je reviens à ma petite sixième. Elle n'y arrive pas me dit-elle. Je regarde son exercice. Il consistait à conjuguer un verbe sauf que, à coté de ce verbe à l'infinitif, il y avait un groupe nominal. C'est ainsi que pour « Prendre le bateau », elle essaye de me conjuguer « bateau ». Le problème est donc plus profond que ça. Ce n'est pas de la conjugaison que je dois faire, mais lui faire distinguer un nom d'un verbe. Comme disent les élèves : « C'est la base ». Je passe alors un temps fou à lui expliquer la différence. On reprend chaque phrase de l'exercice une par une. Pendant ce temps là, je délaisse les autres élèves qui ont besoin de moi pour travailler sur le passé simple et qui font des erreurs encore plus grosses que moi. Fin de l'heure, ma petite sixième n'est pas plus avancée et les autres élèves sont toujours aussi fragiles sur le passé simple. J'ai déjà peur pour le contrôle de lundi. Il va falloir que je réadapte mes exigences sans doute. Je me demande ce que je ferai pour ma petite sixième, même avec son contrôle adapté, ça risque d'être un carnage.

Je ne remettrai pas en cause le travail fait par son enseignant en Primaire. Tout simplement car il travaille dans les mêmes conditions que moi. Lui aussi a des classes surchargées, lui aussi ne peut pas personnaliser le travail pour tous ses élèves, lui aussi est contraint de laisser filer chaque année ses CM2 en ayant conscience qu'il les envoie à l'abattoir, sans nul autre choix. C'est notre système éducatif qui est bancal. Dans un jeu vidéo, quand vous perdez à un niveau, on ne vous envoie pas au level suivant. Ce serait absurde. Et bien c'est comme ça dans l’Éducation Nationale.

Voici le paradoxe de l'AP nouvelle formule. A force de vouloir aider tout le monde en personnalisant le travail, on se retrouve vite dépassé. On aide une personne et on délaisse tous les autres élèves. Dire qu'on nous soutient que faire de l'AP en classe entière est possible, je me demande comment ces profs peuvent accomplir ce miracle. Pourquoi faire de l'AP a des élèves qui n'en ont pas besoin ? Ce serait tellement mieux d'exploiter ces 2 heures pour les élèves qui sont en très grande difficulté.

Finalement, j'ai trouvé une solution : faire des heures de tutorat. Ce sera du bénévolat évidemment, car l'enveloppe d'heures destinée à l'établissement ne me permettra pas d'être rémunéré. Tant pis, je le ferai quand même, histoire de ne pas perdre définitivement ma petite sixième.

Publié dans Billet d'humeur

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