Je me sens comme au mois de mai

Publié le par Le prof de l'être

Un après-midi, au détour d'une conversation avec un collègue, celui-ci m'a soudainement dit, avec des yeux vitreux et la voix fatiguée :

_ « Je me sens comme au mois de mai »

Cette phrase pourrait être anodine si elle n'avait pas été lancée mi-octobre. Elle ne fait que traduire le mal-être et la fatigue des enseignants face à l'ampleur du travail qu'on leur demande.

Quand il a dit cette phrase, je me suis vu dans la salle des professeurs, autrefois vivante, où l'on s'amusait autour d'un café. Maintenant elle est désertée par les enseignants. La salle des profs est devenue morose. Les enseignants, au bout du rouleau, passent en coup de vent chercher les informations dans leur casier, happés par la masse de travail qui les attend à l'intérieur. Attention à l'avalanche !!! Les mines sont tristes, les corps sont épuisés, le moral tombent comme les feuilles mortes, des collègues aimeraient se cacher derrière leur tas de papiers pour pleurer. Car on en est réduit à ça : craquer en silence.

Et en secret, on rêve à n'avoir que des cours à préparer, des contrôles à corriger, des bulletins à compléter. Mais les fantômes reviennent vite : réunions avec les parents, PAP, PAI, PPRE et PPS, les sigles se mélangent dans notre tête et nous rendent fous ! Compétences à créer, bilan de mi-trimestre à renvoyer...Il est déjà 18 heures et on est encore dans l'établissement. Déjà 10 heures qu'on est là. Oh un mail ! Oh un papillon sur l'ENT ! Plus envie les ouvrir, juste de les collectionner ! Mais quand cela va-t-il s'arrêter ! Les vacances approchent. Hourra ! On va pouvoir en profiter...pour préparer ses nouvelles séquences, créer ses compétences.

Pour la première fois, j'ai peur. Non pas pour moi mais pour les collègues qui sont en train de craquer. Certains ne tiendront pas le rythme. Comment tenir comme ça pendant quarante années, même en aimant notre métier. Même avec beaucoup de cœur, il sera impossible de résister. Combien de démissions, de reconversions ou pire ! Je me demande si ce n'est pas l'effet recherché...

Il faut que les choses changent et vite, car les larmes des enseignants vont bientôt faire déborder le vase.

Publié dans Billet d'humeur

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Pépin 15/10/2016 09:25

Je me sens moins seule en vous lisant.. Même constat dans mon établissement. Je suis déjà épuisée et je craque un peu. Merci pour vos billets !

La Baladine 14/10/2016 22:27

Tant de détresse en si peu de mots... A quand une vraie réforme, en profondeur, du système français obsolète depuis si longtemps? Je vous lis, je réfléchis... Quelque chose plus proche du système islandais?