Je fais le plus beau métier du monde

Publié le par Le prof de l'être

Je me dis que je fais le plus plus métier du monde le matin au réveil. Un métier que je n'ai pas pris par défaut ni par vocation mais qui m'est venu naturellement, comme une évidence. Chaque journée contient son lot de petits bonheurs et de surprises. Chaque jour est différent du précédent, aucun cours ne ressemblera à un autre. Je sais que je vais profiter de chaque instant de cette journée.

Je fais le plus beau métier du monde quand j'arrive dans mon établissement. Flâner dans les couloirs encore silencieux, monter dans sa salle, ouvrir les volets et voir le soleil se lever. On se dit qu'il fait beau et qu'il faudra faire attention à ce que les élèves ne papillonnent pas trop en regardant à l'extérieur. Prendre sa craie et mettre les premiers mots au tableau de la journée. Déjà le 7 octobre ! Un mois qui vient de filer et on se demande où il est passé. Puis redescendre, entendre en fond les premiers cris des élèves et saluer ses collègues autour d'un café pendant les quelques minutes qu'il reste avant de sonner.

Je fais le plus beau métier du monde quand je vais chercher les élèves dans la cour qui se refroidit de jour en jour. Quelques-uns font la tête, mais un seul sourire, toutes bagues dehors, un seul bonjour enjoué me convainc que je vais ne pas passer une si mauvaise journée. Pendant le cours, on apprend, on rit, on s'engueule, on essaye de se comprendre. Il y a des moments sans mais chaque heure a toujours sa nouvelle victoire, un léger espoir sur lequel se raccrocher : une notion acquise, un élève qui vous sort un élément de cours vu l'année passée, un autre qui vous étonne par ses connaissances sur un sujet qui n'a pas encore été abordé. Certes il y a des bavardages, des élèves qui n'ont pas travaillé, en n'ont rien à faire, d'autres qui sont largués. Mais je me dis que leur jour de gloire approche, que ce sera leur tour de gagner, qu'ensemble nous allons surmonter les difficultés, même si on ne fait vraiment rien pour nous faciliter la vie ! C'est ma motivation, ma drogue qui me permet d'avancer sans cesse contre vents et marées. Alors certes, il y a les réunions tard dans la soirée, les vacances et les week-end à travailler... Mais qui a dit que le plus beau métier du monde serait forcément parfait ?

Je fais le plus beau métier du monde quand je corrige ou que je prépare des cours. Sur une table de la salle des profs, à plaisanter ensemble autour d'un café. A chaque année ses nouvelles rencontres, ses amitiés naissantes et ses belles personnalités... Sur le bureau de ma salle de cours, entre deux piles de photocopies fait à l'arrache pendant la récréation, et l'ordinateur allumé. Chez moi, avec un fond sonore un vinyle et à coté de moi un café. Je découvre de nouvelles choses, parfois des perles, parfois des énormités, une orthographe et une syntaxe horrible alors que le cœur y est. Mais au détour d'une copie, je trouve toujours un trésor caché : une rédaction exceptionnelle, un sujet parfaitement maîtrisé, des progrès inespérés. 20/20. C'est mérité !

Entendre une chanson, lire une article, voir un film ou une série, écouter l'actualité et se dire :

_ Tiens, et si j'exploitais ça en classe ? Les élèves vont adorer !

Je vis, je dors je mange avec mon métier. Mais quel est le problème puisque c'est le plus beau ?

Je fais le plus beau métier du monde quand début juillet, un élève vient me voir reconnaissant pour me remercier des cours de cette année. Il m'apporte un chocolat, un cookie qu'il a préparé et que l'on déguste. Cette saveur particulière, ce goût de victoire, on aimerait qu'il nous reste en bouche pour l'éternité. Mais l'on sait que dans quelques mois, il faudra tout recommencer et attendre les prémices de l'été pour être récompensé.

Je fais le plus beau métier du monde quand j'ai la chance de voir les élèves grandir et évoluer pendant 4 années. Quand dans quelques mois mes anciens 3emes viendront chercher leur Brevet, je les accueillerai avec émotion de les voir déjà changés. Ils ne nous ont pas encore oubliés et peut-être même que certains nous diront qu'on leur a manqué.

Je fais le plus beau métier du monde mais on ne cesse pas de me critiquer. J'ai trop de vacances, pas assez d'heures devant les élèves, je suis trop payé, je suis inutile...En cette période d'élection, on nous promet de nous mettre au travail, avec plus d'heures parce que c'est fini de rigoler ! Pourtant je ne comprends pas, si c'est aussi facile, pourquoi les bonnes volontés commencent à manquer ? Car « plus beau métier du monde » ne rime pas avec « facilité ».

Publié dans Billet d'humeur

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