Itinéraire d'un enseignant gâté (Chapitre 6, partie 1)

Publié le par Le prof de l'être

Chapitre 6 : Ce qui est beau dans le cinéma, c'est cette démocratie utopique, le fait qu'on soit plusieurs à travailler sur un même objet. Il y a un chef d'orchestre, incontestablement le metteur en scène, et il y a des interprètes qui ont plus ou moins d'importance. Moi je me considère comme une interprète. Je suis un acteur de l'ombre . Caroline Champetier

Le héros a toujours des fidèles acolytes, une équipe sur qui il peut compter. Comment vais-je les décrire ? Plutôt comme les Avengers, une équipe avec des super-pouvoirs mais avec des tensions qui pourrait faire exploser le groupe, ou alors comme les Charlots, une bande de joyeux copains jamais à l'abri d'une embrouille et toujours prêt à se défiler. Je n'en ai aucune idée à vrai dire. Ce sera à vous de vous faire votre avis quand je vous aurait décrit l'univers dans lequel vivent les enseignants.

Pour comprendre le monde des enseignants, il faut rentrer dans les coulisses : la salle des profs. Lieu de tous les fantasmes pour les élèves qui s'imaginent que l'on y fait des choses incroyables à l'intérieur. Vu le nombre de fois qu'ils frappent à la porte pendant les récréations, je me demande si ce n'est pas juste pour nous espionner. Peut-être pensent-ils qu'on a des transats et une télé avec un écran géant. Ou s'imaginent-ils tout simplement que l'on est en train de parler d'eux, ce qui n'est pas tout à fait faux. Pourtant, il y rarement de quoi rêver dans une salle des professeurs. Des casiers remplis de papiers, quelques tables, des fauteuils. C'est un décor de sitcom des années 90, un peu fauché donc, où se passent des aventures semblables aux autres entreprises, avec de beaux moments, des coups de gueules, des fous rires énormes et une multitude de personnalités différentes. Personnellement, c'est un lieu ou j'aime travailler, corriger des copies et préparer des cours. Pendant les heures de cours, une salle des prof est toujours calme, on est que quelques-uns. On peut y travailler dans une ambiance détendue en y discutant autour d'un café. C'est parfois le moment des confidences. Un sitcom je vous dis Les meilleurs moments restent celui ou pendant une vingtaine de minutes, aucun cours n'a lieu. C'est un joyeux brouhaha dans la salle où on rigole fort (un peu moins quand le principal arrive). Le lundi, on est spirituel, le vendredi à 15 heures, on est en dessous de la ceinture. Lente dégradation intellectuelle de la semaine.

Dans la salle des professeurs, on y vit des aventures extraordinaires, comme la quête d'une ressource très précieuse dans notre métier. Non, ce n'est pas de l'essence ou de l'eau comme dans Mad Max, c'est encore plus essentiel pour nous : le papier. Quand on doit photocopier une feuille en urgence pendant la récréation, il y a toujours cette angoisse de la lumière rouge qui clignote sur l'imprimante. Si elle s'allume, c'est une course contre la montre qui s'engage avant que la sonnerie retentisse. On fait tous les bacs des autres imprimantes en espérant y trouver le précieux sésame. Et s'il n'y en a plus, l'ultime recours reste le bureau de la gestion ou vous irez quémander tout penaud une ramette de papier. Une fois votre feuille imprimée, il sera temps de remonter en classe. Vous avez passé votre pause à photocopier une feuille.

Comme dans toutes entreprises, chaque enseignant joue un rôle bien défini. Dans ce passage, je ne jugerais pas le travail d'un de mes collègues, chacun à ses méthodes pédagogiques, sa façon d'appréhender les élèves (même si certains pensent que la leur est la meilleure, ceux-là mériteraient des baffes). On a tous le même script, libre ensuite de l’interpréter comme on le souhaite. Il n'y a rien de plus agaçant qu'un collègue qui vient vous faire la leçon sur votre façon de gérer votre cours avec cette phrase emplie de sous-entendus:

« Dis-donc, il était bruyant ton cours ! »

Certes il y a des enseignants qui doivent souffrir en classe, qui ont l'impression de manquer d'autorité ou de ne pas se faire respecter. C'est terriblement usant psychologiquement de faire cours quand ça ne se passe pas bien, quand les élèves n'écoutent pas, parlent et font du bruit. Il arrivera toujours un moment où un prof en difficulté se confiera, c'est à cet instant là que l'on peut le conseiller, lui donner nos trucs. Mais ce n'est pas aux autres de venir faire cette démarche, ça peut être vécu comme une humiliation pour ceux qui reçoivent ces critiques en pleine face. On est là pour s'entraider pas pour faire culpabiliser les autres qui sont déjà en souffrance. Regarde déjà ce qui se passe dans ta classe avant de faire la morale.

Dans toute cette constellation qu'est l'univers de l'enseignement, quelques tempéraments se distinguent tout de même. Essayons de décrire les principaux. Il y a tout d'abord les acharnés du boulot qui font tout pour donner les meilleurs cours possibles et s'investissent comme des fous à l'extérieur. Pour eux, les dix-huit heures par semaine est une vaste utopie. Ils ne comptent pas les soirée, les week-end et les vacances au service des élèves. Cette implication peut prendre diverses formes : le travail pédagogique, l'investissement extra-scolaire avec des sortise, voyages... Je me souviens en particulier de ma tutrice qui en plus de m'avoir sur le dos (c'est une image), faisait deux projets départementaux avec ses classes, gérait l'option théâtre, organisait des sorties et comme si ça ne suffisait pas, venait de créer un festival dans la ville voisine. L'injustice est qu'ils ont rarement le premier rôle car ils ont le malheur de travailler avec discrétion. J'ai du respect et de l'admiration pour eux, je me sens tout petit à coté d'eux. J'aurais presque honte de ce que je fais comparé à leur travail. Ils honorent le métier.

A l'opposé, il y a les figurants qui voient leur métier comme de l'alimentaire, un petit cours et puis s'en va. Le minimum syndical. C'est un peu comme les acteurs qui savent très bien qu'ils tournent dans des navets mais qui n'ont pas le choix car ils n'ont que ça et il faut bien manger.

Une catégorie m'insupporte particulièrement : celle des « grandes gueules ». Il s'agit de ceux qui ne jouent pas mieux leur rôle d'enseignants, mais qui savent se mettre en avant pour attirer la lumière des projecteurs. Quand ils font quelque chose qui sort de l'ordinaire, tout le collège est au courant dans l'heure qui suit. Avec cette attitude, ils accaparent le devant de la scène et récoltent les honneurs. Le pire est qu'il arrive qu'ils tirent profit du travail des autres. Quand ils ne sont pas contents, à cause d'une réunion tardive ou d'une décision du principal, il le font savoir, s'érigent en meneur alors qu'on ne leur a rien demandé. Dommage que pour avoir la paix sociale, leurs requêtes sont acceptées. Et s'ils sont syndiqués...Alors là, ils sont intouchables. Désespérant. Lorsqu'on arrive dans un nouvel établissement, ces gens-là font illusion quelques temps, on les écoute, puis on se rend très vite compte de l'imposture et on les laisse parler dans le vide.

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JC W 01/10/2016 18:49

D'accord, ce sont les américains qui ont inventé le clavier de la première machine à écrire (QWERTYUIOP) et nous l'avons vaguement francisé (AZERTYUIOP) en oubliant les lettres accentuées et donc le majuscules accentuées.
Pour autant, se souvient-on comment il fallait faire sur les machines à écrire pour accentuer une lettre ?
1) taper l'accent
2) taper la lettre
et miracle, la lettre accentuée apparaissait.
ET bien il en va de même avec nos sous-claviers américains pour le A majuscule accentué, à savoir le À.
Alt Gr 7 puis A. (sous Windows, c'est plus facile sous Linux)
Je sais, je sais, il y a deux milieux professionnels qui crient haut et fort que l' " on n'accentue pas les majuscules" et c'est une catastrophe car ce sont deux milieux très influents en la matière : les profs et les journalistes.
Je vous invite à vous rapprocher du site de l'Académie Française à la page majuscules accentuées (quand même, prof de Lettres, vous n'allez pas les dénigrer :) ) puis de bepo.fr

Cordialement