Itinéraire d'un enseignant gâté, chapitre 5 partie 1

Publié le par Le prof de l'être

Chapitre 5 : Plus réussi est le méchant, plus réussi sera le film .Alfred Hitchcock

Mince, j'ai l'impression qu'il me manque quelque chose d'important. Mais bien sûr ! Il n'y a pas de bon héros sans une Némésis. Que serait Batman sans le Joker ? Il faut un personnage ambigu, qui ne paye pas de mine et inspire confiance, à l'image de Kayzer Söze dans Usual supect. Tellement normal que vous ne méfierez pas jusqu'à la révélation finale. C'est bon, j'ai mon idée. Rien de tel pour introduire mon sujet qu'une petite référence méta-cinématographique. C'est parti. Accrochez-vous bien. Je vais vous parler des parents.

J'aime beaucoup James Bond et plus particulièrement Goldeneye. Dans ce monument d'action des années 90, 007 pense avoir un ami fidèle : Alec Trevelyan. Pendant une bonne moitié du film, il va chercher à venger de ce dernier en luttant contre une organisation criminelle. Soudain, à la moitié du long métrage, retournement de situation. Alec n'est pas mort . C'était lui qui tirait les ficelles de l'organisation criminelle. Pourquoi je vous raconte ça ? Parce qu'avec la relation entre les parents et les enseignants c'est un peu celle de Bond et Trevelyan. Un jour, tu marches main dans la main avec eux, comme dans Deux flics à Miami et le lendemain ils se transforment en Brutus. Ils te plantent un coup de poignard inattendu dans le dos. La situation la plus fréquente est lorsque leur petite merveille s'est mal comportée. Vous pouvez avoir une discussion avec eux, ils vous soutiendront en tenant le discours que vous souhaitiez entendre. Leur enfant sera puni, il devra s'excuser. Vous penserez que l'affaire sera close. Vous rentrerez satisfait avec le sentiment d'avoir accompli votre devoir, d'avoir rendu la justice, tel Saint Louis sous son arbre, ou Judge Dredd. Vous imaginez l'élève, honteux et confus, bafouillant quelques excuses le lendemain. Erreur funeste. Le lendemain, vous avez un mot de protestation dans le carnet de liaison. Il est écrit disant finalement, en écoutant la version de leur enfant, ils ont réévalué la situation. Ce n'est jamais bon signe. Ils ne sont plus d'accord avec vous. Si leur enfant bosse mal, ne suit pas, c'est à cause des autres élèves et où de nous évidemment. L'argument qui revient le plus souvent :

«_ Il m'a dit qu'il n'était pas tout seul et que vous n'avez pas puni les autres, je trouve ça injuste et je refuse qu'il soit sanctionné »

Parole contre parole, vous êtes foutus. L'enseignant ne fera jamais pas le poids face à leur l'adorable bambin si sage à la maison. Ce n'est plus vous qui triomphez, c'est ce dernier en vous tendant son carnet. Comme quand le héros d'un film policier croit avoir coincé un criminel mais qu'il sort de prison pour un vice de forme. A moins d'être le professeur Xavier, on ne sera jamais sûr que le parent à qui l'on parle est vraiment sincère où s'il joue un rôle pour qu'on lui fiche la paix. Pour ma part, je privilégie la rencontre plutôt que le contact téléphonique. C'est mieux de s'expliquer avec l'enfant et le parent en face de soi, et ça peut dissiper bien des malentendus. L'élève s'explique devant vous et ses parents, et l'on décide ensuite de ce qu'on fait. Cette recette n'est pas infaillible mais elle est la plus efficace. La relation avec les parents est selon moi doute la partie la plus difficile de notre métier. En effet, si l'on est formé pour dialoguer avec les élèves, ce n'est pas le cas avec leurs aînés et on peut se retrouver rapidement à jouer les diplomates, les médiateurs voire les casques bleus. Le cas de figure le plus compliqué est lorsque l'on aborde l'orientation. Quand vous essayez de convaincre un parent que le meilleur pour son enfant n'est pas d'aller dans une filière générale mais professionnelle. Faire passer outre les clichés, leur faire comprendre qu'ils ne seront pas humiliés si leurs enfants font ces filières est un exercice périlleux. Vous commencez alors une partie d'échecs de longues haleine, à base de rendez-vous mensuel d'une heure. Mais cette partie est tronquée, car le parent peut vous mettre mat quand il veut, et ce même si vous avez réussi à convaincre leur enfant. Certains ne feront pas durer le suspens, d'autres vous feront espérer jusqu'à la fin jusqu'à un retournement de situation fatal. Quand ces rendez-vous se présentent devant vous, la déception n'est jamais loin, mais la victoire, quand elle arrive, n'en est que plus belle.

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Watson Ballin 27/08/2016 16:13

J'ai dans l'idée que dans votre métier, vous rencontrez souvent des gens qui savent mieux que vous ce qu'il faut faire. Et de ce fait, vous rencontrent avec une idée toute faite et immuable de la façon logique et profitable d'opérer. Me trompe-je ?

Si cela peut vous consoler ou même juste alléger votre peine, je rencontre le même souci en tant que serveur.