Itinéraire d'un enseignant gâté (Chapitre 4, partie 2)

Publié le par Le prof de l'être

Pour parler des élèves, je commencerais avec cette citation : Nos jeunes aiment le luxe, ont de mauvaises manières, se moquent de l’autorité et n’ont aucun respect pour l’âge. À notre époque, les enfants sont des tyrans. Je suis sûr que vous êtes d'accord avec cette phrase. Elle résume parfaitement le comportement de la jeunesse actuelle : celle de l'enfant-roi sur lequel on n'a plus aucune autorité. Cette citation est pourtant à mettre à l'actif de Socrate, cinq cent ans avant Jésus Christ. Chaque génération est moins patiente avec celle qui la suit. La mienne ne fait pas exception . On ne tolère pas des jeunes ce que nous même faisions avant. Alors certes, cette génération veut tout vite, à des portables, internet mais je me rappelle d'une époque pas si lointaine où les profs nous disaient la même chose, nous la génération zapping qui n'étions bons qu'à regarder les mangas du Club Dorothée et Ciel mon mardi. Il faut arrêter avec le « c'était mieux avant », c'était juste autre chose. Ne me dîtes pas que vous regrettiez le temps où les enseignants vous mettaient des baffes ? Les élèves n'ont pas changé. Il y en a toujours des sérieux, des fainéant, des curieux, des pénibles, des discrets, des bavards...Le monde dans lequel ils évoluent est le même: toujours aussi inégal socialement. Certains ont des parents qui peuvent les emmener au musée, faire des voyages, leur acheter des livres. D'autres n'auront que pour compagnon leur console et la télé quand ils rentreront de cours, parce que leur parents n'ont pas les moyens ou pas le temps à cause de leur travail. A nous de nous adapter à cette injustice sociale et de fournir aux élèves un contenu de base ou supplémentaire.

Pour captiver un maximum d'élèves dans sa classe, il n'y a qu'une seule chose à faire : s'adapter à son public, faire évoluer ses méthodes. Pour cela, il il est important de rester « à la page ». J'arrive encore à suivre les élèves sur les séries télé, le cinéma, les jeux vidéos, le sport. C'est plus difficile en musique. Les élèves sont contents de voir qu'on s'intéresse aux mêmes chose qu'eux et puis ça démystifie l'image du prof de Français qui passe son temps à lire dans sa grotte. Je me souviens de la première fois que j'ai dit que j'avais une console :

_ « Vous avez une console M'sieur?

_ Oui, une X-Box 360.

_ C'est vrai ?

Là les yeux de l'élève se sont illuminés jusqu'à ce qu'un autre dise :

_ Nan mais je suis sûr qu'il joue à des jeux de prof. »

Bon, il y a encore du boulot pour casser le mythe...

Comme je l'écrivais dans le chapitre précédent, j'aime aussi placer des références contemporaines, notamment à des vidéos qu'ils ont pu voir sur internet. Quand je travaillais avec mes quatrièmes sur la lettre de motivation, j'ai imiter Norman en disant qu'il fallait éviter « l'écriture penchée » . Ils ont tout de suite identifié la référence. Ça peut sembler complètement superficiel, mais outre le fait d'avoir aiguisé leur curiosité et de subir mille questions, si je connais aussi Cyprien ou Mister V, cette allusion leur aura aussi permis de retenir un élément du cours. Tout le monde aura écrit droit sa lettre de motivation. J'aime aussi leur raconter des anecdotes supplémentaires sur les artistes qu'on étudie :

« Vous saviez que Boris Vian avait introduit le rock en France ? »

Si faire des références à la culture contemporaine ou à l'actualité est une bonne idée, il faut en revanche à tout prix éviter d'essayer de parler comme eux. Il n'y a rien de plus ringard qu'un professeur qui utilise le vocabulaire des jeunes.

«_ Alors les jeunes, ne suis-je pas « swag » comme vous dites ?

_ On doit vous répondre franchement Monsieur ? »

Personnellement, j'ai décidé de prendre le contre-pied en utilisant de vieilles expressions. Ainsi, mes élèves ont appris à utiliser des formules comme « Corne de bouc ! », « se comporter comme un Ostrogoth »... Ils ont moins tendance à être grossier, ils utilisent mes expressions. C'est assez drôle de voir un élève rater quelque chose et s'exclamer !

«_ Corne de bouc, faut que j'recommence ! »

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