Itinéraire d'un enseignant gâté (Chapitre 3 partie 3)

Publié le par Le prof de l'être

L'autre point difficile est d'éviter de faire une faute d'orthographe. On n'est jamais à l'abri d'une erreur d'inattention. Quand je suis devant mon tableau, je ne vois pas forcément l'ensemble de ce que j'écris et parfois c'est l'incident : la faute d'accord, un « s » oublié, un « ent » aux oubliettes. Ma concentration doit être maximale. L'idéal serait un silence religieux pendant que j'écris mais ce n'est pas le cas. Il faut toujours se retourner et faire la police. Les élèves aiment bien profiter des moments où on ne les regarde pas. Et puis sont toujours contents de dire qu'il y a une erreur. J'aimerais tellement qu'ils aient autant de lucidité pour leur dictée...

Avec l'expérience : j'ai réussi à trouver une parade. J'évite déjà de faire la blague récurrente :

_ « Monsieur, vous avez oublié un « s ».

_ C'était pour voir si vous suiviez »

Non. Définitivement non. Il faut arrêter avec cette réplique.

Dès que je peux je tape à l'avance sur ordinateur cours et questions (surtout en début d'année en fait). L'avantage est que ça limite les catastrophes. Contrairement au tableau, j'ai du recul sur ce que j'écris. Deuxième astuce : internet. On a beau critiquer l'outil, mais il est bien utile quand on a un doute sur l'orthographe d'un mot ou une définition. L'ancienne technique de l'enseignant était :

_ « Monsieur, ça veut dire quoi «nitescence ?

_ Tu ne sais pas ça ? Et bien prends le dictionnaire et tu pourras lire la définition à toute la classe »

On peut discrètement regarder sur l'ordinateur au lieu de passer pour un idiot devant les élèves.

_ «Monsieur, ça veut dire quoi «nitescence ?

Deux clics discrets plus tard

_ C'est une lueur, un éclat »

Le respect est total dans les yeux des élèves.

J'enseigne depuis six ans et avec tous ces changements la mécanique est presque parfaitement huilée. Attention, un cours ne peut être jamais un plan qui se déroule sans accroc. Je suis content de faire cours. J'y vais très rarement à reculons. Il faut dire que j'ai la chance d'être dans un collège sans problème. Ils ne sont pas violents, ils sont gentils et polis. Ce ne sont pas les plus gros bosseurs au monde mais ils savent me faire de belles choses. Mais ce n'est pas le seul collège dans ce cas. Mais quel est donc mon secret pour m'amuser en classe? Attention phrase bateau. Je suis juste en cours comme dans la vie. Si un futur stagiaire est en train de me lire et qu'il se pose la question sur comment se comporter en classe, mon conseil est qu' il ne faut pas écouter pas astuces fumeuses qu'on te donnera. Le plus courant et sans doute le plus idiot reste celui-ci :

_ « Il ne faut pas sourire aux élèves pendant le premier trimestre. »

La marche à suivre est beaucoup plus simple. T'es un gentil ? Ne te force pas à être méchant. Tu n'aimes crier ? Ne lève pas la voix. T'es souriant ! Eh bien souris ! T'es violent ? Bon alors là, c'est peut-être pas une bonne idée de devenir prof... Le truc, c'est qu'il n'y a justement aucun truc, il faut piocher deux ou trois trucs à droite et à gauche, essayer, voir si ça marche et se construire comme ça en gardant cette devise en tête : sois toi-même ! Mais comment se passe un de mes cours « type » ? Comme un film qui mélangerait action, suspense et humour. Je vais vous expliquer.

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