Itinéraire d'un enseignant gâté. (Chapitre 2, partie 3)

Publié le par Le prof de l'être

Avançons un peu dans cette première année d'inspection avec une ellipse temporelle. Fondu au noir. Alors que tous mes collègues y passent tour à tour, au mois d'avril a lieu ma séance d'inspection de titularisation. Malgré les réserves de ma tutrice sur ma séance, je la garde inchangée. La sanction tombe. C'est un fiasco complet. Si j'avais fait un bras d'honneur à Molière, il se serait senti moins insulté que la séance sur l'Avare que je viens de faire. C'est le plus mauvais cours que je fais de l'année malgré des élèves adorables. Le point positif, c'est que je vois enfin qu'ils m'apprécient malgré les bêtises qu'ils peuvent faire. D'ailleurs, à la fin de l'année, ils m'offriront un t-shirt signé par tous et...un recueil de blagues. Je suis ému. Je me dis qu'ils me manqueront malgré les moments difficiles qu'on a pu passer. Ce que je ne sais pas encore, c'est que chaque fin d'année, j'aurai toujours du mal à quitter mes élèves. On s'attache vite en un an.

Il n'empêche qu'au mois de juin, je reçois une lettre de la commission de titularisation. Je dois passer un entretien pour ne pas redoubler mon année de stage. Mon film d'aventure se transforme en drame. Hors de question de se retaper une année comme stagiaire et refaire toutes les formations ! Les élèves veulent écrire des mots de soutien pour dire que c'est injuste. Par chance, j'ai un bon dossier de ma nouvelle principale arrivée en cours d'année et de ma tutrice. Je passe donc fin juin devant une commission. Moi, le prof de français en collège, je vais être interrogé par un inspecteur d'anglais et un proviseur de lycée. Dans l'humour absurde, l’Éducation Nationale vient de dépasser les Monty Python. J'en rirais presque si mon avenir n'était pas en jeu. J'aurais tellement aimé avoir des conseils sur ma matière, sur la pédagogie...Dans le couloir avant d'attendre mon passage, je vois certains de mes collègues stagiaires. Quelques-uns sont dans le même cas, pour d'autres c'est pire. Avoir autant travaillé pour avoir un diplôme et se dire que tout ces efforts peuvent être ruinés en quelques minutes, ça fout un peu les jetons. Et qui dit redoublement, dit nouvel établissement, nouvelle ville et déménagement...Non, c'est impossible. Pendant l'entretien, je fais un sincère acte de contrition. Promis, je changerai de méthodes l'an prochain. Je ferai mieux. De toute façon, ce sera difficile de faire moins bien. Commence alors deux longues semaines d'attente. La bonne nouvelle arrive par la Poste début juillet. Je suis titularisé.

« Je sens que l'Education Nationale et moi allons devenir de bons amis. «

Commenter cet article