Itinéraire d'un enseignant gaté (Chapitre 2, partie 2)

Publié le par Le prof de l'être

Enfin, le moment fatidique arrive. Mes débuts sont beaucoup plus compliqués que je l'avais imaginé. Mes élèves sont loin de l'image que j'avais de ceux dans Le cercle des poètes disparus. Ils ne sont pas tous des modèles et ils ne comprennent pas forcément du premier coup ce que je leur explique. Je m'accroche malgré tout à cette vision idyllique. Je leur laisse tout passer et je pense que je les comprends parce que je ne suis pas beaucoup plus vieux qu'eux. Pire, je continue mes cours en ne tenant pas vraiment compte de leurs difficultés. Je me prends pour un prof de Fac, ceux qui étaient mes modèles, alors que mes cours tiennent moins la route que le scénario de Transformers. Je n'ai aucune autorité. Je chercherai bien à réagir à la moitié de l'année. Ce sera déjà trop tard. Malgré les conseils de ma tutrice, mes cours ne fonctionnent toujours pas. Mes élèves sont trop polis pour me le dire. Je reste dans le cours magistral alors que je devrais mettre mes élèves en activité. Ils s'ennuient. Je le sens. Je bosse en solo alors que je devrais fonctionner en équipe. Et comme cela ne suffisait, aux problèmes professionnels s'ajoutent les ennuis personnels. Accaparé par mes cours que je fais mal, je ne me soucie plus de ceux qui m'entourent. Je ne vois pas pas que ma copine s'éloigne. Elle s'éloigne tellement loin qu'elle me quitte au bout de quatre mois de vie commune. Je déprime, rien ne se passe comme prévu. Me voilà tout seul dans la région. Une copine partie, un métier en péril...On dirait Vincent Lindon dans La Crise. Il ne manquerait plus que Patrick Timsit débarque. Vient le temps des questions. Et si je m'étais trompé de voie ? Si je n'étais pas fait pour être enseignant. Peut-être devrais-je démissionner ? Mais pour faire quoi ensuite ? Tout recommencer ? Non, il faut me je m'accroche, que j'essaye de travailler autrement. Ça va finir par sourire !

Mes cours ne sont pas bons et ce n'est pas avec l'IUFM une semaine sur deux que je vais m'améliorer. Les formations ressemblent davantage à des thérapies de groupes qu'à des stages pour parfaire notre apprentissage.

_ Nous allons écouter, Stéphane.

_ Bonjour, je suis Stéphane et cela fait une semaine que je n'ai pas eu d'incidents dans ma classe.

_ On applaudit tous Stéphane. Tiens, voilà un badge pour ta semaine d'abstinence.

Tous les stagiaires s'ennuient. C'est donc ça que vivent mes élèves toute l'année ? Lors des formations, on se transforme en quelque chose de pire qu'eux : on bavarde, on joue avec nos téléphones. Ces heures nous servent à corriger nos copies. Pour partir plus tôt, on invente des prétextes bidons.

_ Mon train est à 16 heures, je peux partir ?

_ J'ai un conseil de classe, il faut que j'y aille.

On est des sales gosses,

Ce qui est « rassurant », c'est que quelques formateurs ne sont pas mieux. Parfois, on nous lâche à midi. On a passé plus de temps sur la route que sur place. Des collègues font quand même cinq heures de trajet aller-retour pour trois heures sur place. D'autre fois, le formateur n'a rien préparé et nous mets en groupe pour travailler sur des séquences histoire de faire illusion ou nous raconte sa vie. Ces cours, c'est plus de bla-bla qu'un film de Tarantino. On nous donne quasiment pas de conseils pour préparer nos séances . Quant à la gestion de classe, on nous a donné...un DVD ! Le DVD le plus triste du monde avec des astuces en bois pour asseoir son autorité. Quand je l'ai regardé, j'ai cru que c'était le bêtisier dans les bonus. Par bonheur, certains sont vraiment passionnés par ce qu'ils font. Dommage qu'il y en ait très peu. J'en retiendrais dans mon parcours qui ont su me transmettre leur goût pour l'Histoire des Arts. Je me sers encore de ce que j'ai appris dans leur journée de formation. Tout n'est pas si négatif. Mais trouve-t-on un film génial parce qu'on a apprécié un acteur ou la musique du film ?

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La belle bleue 07/05/2016 11:28

Les formations ne valent toujours pas mieux !! A la différence des tiens, mes formateurs sont persuadés qu'ils font avancer le monde et nous sucrent jusqu'à 30 minutes parce qu'ils considèrent qu'on ne doit pas partir sans avoir entendu toutes leurs paroles TROOOOOOPPPP intelligentes et pleines de bon sens...
Chaque semaine, on reçoit un mail en rouge, taille 38, en gras italique souligné pour nous rappeler que la formation est obligatoire. Genre à bac +5 on sait pas lire -_-
Puis lors des formations, t'as des gens encore pire que les formateurs: LA BLONDASSE LÈCHE-BOTTES :D Elle, elle va te raconter sa life pendant 15 minutes avec intro/plan/conclusion à chaque phrase que dit le formateur (pendant ce temps, on se fait iech, on joue sur le téléphone, on attend la feuille d'émargement pour pouvoir se barrer à la pause dans nos rêves les plus fous). Pendant les pauses, elle ne sort pas de la salle, elle préfère faire copain-copine avec le formateur du jour en lui racontant de nouvelles anecdotes de sa life trop passionnante. Que le formateur du jour s'en balek ou pas, elle s'en fiche, elle remplit sa mission de se le mettre dans la poche des fois qu'il doive faire un rapport sur les stagiaires (elle songe à faire le même cinéma avec les secrétaires, on n'est jamais trop prudent). Elle ira même jusqu'à dire à une formatrice qu'elle adore ses lunettes (OSEF). Et me rappeler de mettre mon portable en silencieux 40 minutes avant le début de la formation (je la tue maintenant ou j'attends la veille de son inspection ? et son chewing-gum on en parle ?)
Bref, mes formations ressemblent davantage à "Blondasse lèche-bottes, sa vie, son oeuvre, le roman encore plus long que "Guerre et Paix" et encore plus chiant qu'un film de Woody Allen sans les images et sans le son" qu'à une VRAIE formation pour nous permettre de progresser dans nos pratiques... Vivement qu'elle change d'académie (elle se CASSEUUUUH youhouuuuuuuuuuuuuuu)