Itinéraire d'un enseignant gâté. (Chap 3, partie 1)

Publié le par Le prof de l'être

Chapitre 3 : Avant de tourner, je fais savoir à tous les acteurs où nous allons avec chaque scène, quelle est l’intention et ce que nous allons essayer d’obtenir. John Boorman

Sur l'écran noir de mes nuits blanches
Où je me fais du cinéma,
Une fois, deux fois, dix fois, vingt fois,
Je recommence la séquence

(Claude Nougaro, Le cinéma)

L'année qui suit mon stage, je n'échappe pas aux passages obligés de tout titulaire de première année. Je suis titulaire en zone de remplacement dans la zone. Quand tu es TZR, si tu n'as pas la chance d'avoir été affecté à un remplacement fixe pendant l'année, tu vas être là pour colmater les brèches. Par chance, l'année fut tranquille. Je remplace un poste à mi-temps dans mon établissement où j'étais stagiaire l'année précédente. Mon adaptation est facilitée. Comme je n'ai que douze heures on me donne deux sixièmes. Vous la voyez venir l'année peinarde avec un seul niveau à préparer ? C'est la première fois que j'ai des sixièmes. Je suis impatient. Et je vais vite découvrir que ce qu'on dit sur ce niveau n'est pas un cliché. Pendant le premier mois, j'ai le droit aux mêmes questions.

_ Maître, on écrit en bleu ?

_ Oui, comme moi, et on dit Monsieur, pas maître.

_ J'ai fini ma page Maître, je fais quoi ?

_ Tu la tournes et on dit Monsieur...

_ Monsieur, Paul il a fait une bêtise !

_ Je n'aime pas qu'on balance les autres, mais au moins tu m'as appelé Monsieur.

Sur le moment, c'est agaçant. Pourtant, il faut savourer cette période. Quelques mois les mignons petits sixièmes aux questions un idiotes se « collégianisent » et deviennent beaucoup moins agréables.

En complément de ces douze heures, je fais de l'aide personnalisée dans un autre établissement ou je suis rattaché administrativement et je remplace ponctuellement un enseignant dans un troisième collège situé entre les deux autres. Il m'arrive d'avoir dans ces cas-là vingt minutes de battement entre deux cours dans deux de mes collèges. J'essaye de faire le plus vite possible, mais je suis toujours en retard comme le lapin blanc d'Alice aux pays des merveilles. Cette année entre trois établissement, qui sera passé aussi vite qu'un trajet entre deux collèges pour donner un cours, m'aura permis de me faire un bon réseau de connaissances chez les enseignants de la zone Compiègne.

Si je vais dans un autre collège du coin, c'est toujours plus facile de s'intégrer au sein de la nouvelle équipe. Quand on reste dans le même secteur, on a toujours des connaissances en commun, fais cours à l'un des enfants de la famille, on connaît le conjoint qui enseigne, le frère, la soeur... Cette première année de titulaire, j'ai par exemple sympathisé avec deux collègues de collèges différents, car on avait des connaissances d'autres bahuts en commun et j'ai appris quelques temps qu'eux mêmes étaient ensembles.

La rentrée suivante, je suis affecté en poste fixe dans un collège que je n'ai pas demandé. Je suis étonné à l'annonce de la nouvelle. Quand j'ai fait mes vœux, je n'avais mis qu'un établissement ou rester TZR. Je n'aurai aucun des deux. Mon nouvel établissement est proche du précédent mais deux fois plus grand. J'ai eu du mal à trouver mes marques dans un si grand collège. Je me sens comme lors de mon arrivée en Picardie : pas spécialement à l'aise. Il me faudra deux ans pour trouver mes repères mais aussi ma place au milieu de la soixantaine d'enseignants. En revanche, faire connaissance a été assez rapide. Je suis quelqu'un de sociable, j'ai le contact facile et comme vous avez pu le constater, j'aime bien plaisanter. Comme je vous le disais plus haut, le monde enseignant était petit, c'est un réseau fermé. J'en ai encore eu la preuve à peine arrivé. Un matin, je discutais avec un collègue stagiaire de nos appartements respectifs. Une autre enseignante nous écoutait puis me posa une série de questions :

_ Ton appartement n'est pas en face d'un supermarché ?

_ Oui

_ Tu n'habites au N** bis appartement * ?

_ Euh oui, mais comment tu sais ça ?

_ Mes parents sont tes propriétaires.

It's a small world

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