Itinéraire d'un enseignant gâté ( Chapitre 1 partie 2)

Publié le par Le prof de l'être

Non, ça ne va pas du tout, on refaire la prise. Mon début est trop irréaliste. Personne ne va croire que j'étais un dieu du baby-foot. Inconsciemment, j'aurais peut-être aimé que ça commence comme ça, avec un quiproquo. Un récit comique teinté d'une touche mystique. Ça aurait mis un peu de sel dès le début de mon aventure. Mais en vérité, mon histoire est bien banale. Elle ressemble à celle de la plupart des enseignants. Enseigner le français ne fut pas une vocation et encore moins une mission donnée par un mystérieux messager, elle est l'aboutissement logique d'un cheminement personnel. Là, vous vous dîtes « Oh non, pas un roman initiatique ! ». Je vous rassure tout de suite, vous allez quand même rire car avec l’Éducation Nationale on n'est jamais très loin du film burlesque avec une administration encore plus folle que dans Brazil. Alors, ne nous quittez pas maintenant , installez vous confortablement dans votre siège, ne faites pas trop de bruit en mangeant votre pop-corn. Voici l'Itinéraire d'un enseignant gâté.

Flash-back. Allez sur youtube, mettez Blue d'Eiffel 65. Voilà vous êtes dans l'ambiance pour lire ce chapitre. Remontons quelques années en arrière, à l'aube du vingt et unième siècle. Pour les enseignants, c'était encore une période bénie où les élèves n'avaient pas de téléphone portable et ne pouvaient pas plagier leurs exposés sur Wikipédia. Ce qu'ils ne savaient pas, c'était que cet âge d'or allait bientôt prendre fin avec la révolution internet. La manière d'enseigner aller fondamentalement changer d'ici peu. Durant cette période, j'ai effectué une scolarité sérieuse mais pas brillante dans le secondaire. J'étais un élève moyen, sage et travailleur à défaut d'avoir des facilités. Rien de particulier, je n'excellais nul part mais je tenais la route dans toutes les matières, à l'exception peut-être des mathématiques. Si j'étais Sherlock Holmes, les maths seraient Moriarty. Je n'étais pas populaire mais on ne me jetait pas des cailloux dans la cour. Les autres m'aimaient bien parce que je les faisais rire. Cette sympathie ne suffisait toutefois pas pour être invité aux boums ni pour susciter l'intérêt des filles. Mon parcours scolaire s'est déroulé dans l'anonymat le plus complet. Noyé dans la masse, je ne suis pas sûr qu'un seul enseignant se souvienne de moi. J'ai conclu mon lycée en arrachant un Bac L à la force du poignet. Ma moyenne était lamentable en Terminale, surtout en Lettres. J'étais dernier de la classe mais je trouvais ça « cool » de me distinguer des autres, même de cette manière. J'avais d'autres priorités qu'étudier les couleurs dans Tristan et Iseult, entre les manifs contre Le Pen et la Coupe du monde 2002. Heureusement que l'équipe de France a eu la bonne idée de se faire sortir assez tôt, sinon je ne serais sans doute pas là pour vous raconter mes aventures. Après les études secondaires ( secondaire, c'était bien le mot), la question de la suite de mes études ne se posait pas. J'avais mon idée sur ce que je voulais faire depuis le collège : être historien. Je m'inscrivais donc tout naturellement en Fac d'Histoire Géographie. L'aventure de la Fac, avec ses cours à la carte (surtout en Géographie) et ses soirées étudiantes, pouvait enfin commencer.

Mes ambitions allaient rapidement prendre du plomb dans l'aile. Moi qui rêvais depuis mon enfance d'être un grand historien, j'abandonnais le cursus à peine deux mois après le début de l'année. Pourquoi ? Pour la simple et bonne raison que faire des exposés sur « L'économie domestique athénienne » ou « Les guerres Balkaniques » ne correspondait à l'idée que je m'étais faite de la matière. Je ne voulais étudier qu'une chose : les deux guerres mondiales. J'admets que c'était une vision réductrice de l'Histoire. Dire que je suis passé à deux doigts de devenir le nouveau Alain Decaux, c'est rageant. Je me serais même contenté d'être Stéphane Bern, j'ai déjà les cheveux en plus. Sans projet, je voulus ensuite m'orienter dans l'armée. J'avais l'esprit romantique à l'époque. Je voyais l'armée comme la possibilité de voir du pays et m'éloigner de la fille que j'aimais. J'ai été jusqu'à Rennes... Je mettais rapidement fin à cette aventure car après trois jours de test. J'avais plus l'impression d'être plus un Charlot dans Les Bidasses en folie qu'un futur soldat bien discipliné. Je n'avais pas du tout l'esprit pour être un bon militaire, ça ne me correspondait pas. En plus, je ratais lamentablement l'épreuve physique. Être militaire se serait limité à être dans les bureaux. Loin de mes idées de voyage. Je repartais donc à zéro. J'avais trois mois pour réfléchir à mon avenir. Finalement, après deux mois d'errance, je décidai de m'inscrire une nouvelle fois à la Fac. En Lettres Modernes cette fois-ci. Un de mes bons copains d'alors m'avait convaincu de faire cette licence pour une raison qui me semblait très bonne sur le moment:

« Tu vas voir, ça va être cool, va y avoir plein de filles, on va pécho ! »

A suivre...

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Hélène 30/03/2016 23:20

À quand la suuuuuite? Se faire désirer ...toute une stratégie! Encore plus efficace que la licence de Lettres :-)

Le prof de l'être 31/03/2016 07:13

Un épisode tous les samedis. :-)

Arya 28/03/2016 22:56

J'aime beaucoup l'idée !! Mais sans les fautes de français, ça serait mieux quand même (désolée, chipoter sur ce genre de choses c'est ce que je fais tous les jours haha).
Hâte de lire la suite ! :)

Le prof de l'être 28/03/2016 23:30

Merci. Je suis seul à me relire, donc il y a des fautes qui se glissent :-)